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La France abolit le droit d’accès à Internet, mais la révolution numérique aura lieu

3 avril 2009

par Stéphane Vial

hadopi = blackout de l'Internet en FranceHier, à l’Assemblée Nationale de la République Française, 16 députés sur 577 ont décidé du sort des 34 millions d’internautes de France. Ils ont voté. C’est fini. Désormais, en cas de téléchargement illégal, n’importe quel internaute français pourra être totalement privé de connexion Internet pendant 1 an. C’est la fin du libre droit d’accès à Internet, au pays des droits de l’homme — mais pas de l’internaute. Une aberration anti-démocratique d’une insondable bêtise qui va à l’encontre de tous les principes d’un pays libre.

Comment c’est possible ?

Tout simplement grâce à la création d’une nouvelle instance de répression, la « Haute Autorité de protection des droits sur Internet » (Hadopi). Grâce à l’Hadopi, désormais, si jamais vous faîtes un téléchargement illégal, ou pire, si votre enfant le fait à votre insu, vous ne pourrez plus consulter vos e-mails pendant 1 an, vous ne pourrez plus regarder votre itinéraire sur Mappy pendant 1 an, vous ne pourrez plus accéder au site Internet de votre employeur pendant 1 an, vous ne pourrez plus faire une recherche sur Google ou Wikipedia pendant 1 an, vous ne pourrez plus voir une vidéo sur YouTube pendant 1 an, vous ne pourrez plus acheter un livre sur Amazon pendant 1 an, vous ne pourrez plus acheter un billet iDTGV sur le site de la SNCF pendant 1 an, vous ne pourrez plus consulter vos comptes bancaires en ligne pendant 1 an, vous ne pourrez plus consulter aucun site d’information en ligne pendant 1 an, vous ne pourrez plus payer vos impôts en ligne pendant 1 an, vous ne pourrez plus… La liste des privations de services et d’usages est sans fin. On peut la résumer de manière assez simple : vous ne pourrez plus consulter aucune des 8 milliards de pages web pendant 1 an. J’ai mal dans mon coeur rien qu’à l’écrire.

Faisons une petite comparaison. Imaginons que l’Assemblée Nationale ait pris une semblable décision pour n’importe quelle autre technologie utilisée quotidiennement par plusieurs dizaines de millions de français. À ce moment là, suspendre la connexion Internet de quelqu’un qui fait un téléchargement illégal, c’est comme couper l’eau pendant 1 an à quelqu’un qui aurait volontairement provoqué un dégât des eaux chez son voisin. C’est comme couper la ligne pendant 1 an à quelqu’un qui ferait des arnaques par téléphone. C’est comme interdire l’usage de l’automobile pendant 1 an à quelqu’un qui aurait commis un viol dans sa voiture. C’est comme priver d’antenne TV pendant 1 an quelqu’un qui aurait utilisé sa télévision pour casser une vitrine de maison de disque. C’est comme amputer des mains pendant 1 an quelqu’un qui s’en serait servi pour étrangler un homme.

La France, un nouveau régime taliban ?

Comment l’expliquer ?

Il n’y a qu’une seule explication : la peur. La peur d’affronter un monde nouveau bouleversé par les nouvelles technologies et les nouvelles règles qu’elles appellent. La peur de voir en face la vérité : les technologies numériques vont changer le monde, la science, l’art, la culture, l’espace public, le lien social, le travail, les rencontres… Comme le moulin à bras au Moyen-âge, comme l’invention de l’imprimerie à la Renaissance, comme la machine à vapeur au XVIIIe siècle. Et cela a déjà commencé : il y a un milliard d’internautes dans le monde, 200 millions d’utilisateurs enregistrés sur MySpace, 31 billions (ou millions de millions) de recherches par mois sur Google, 1 couple sur 8 marié l’an dernier aux États-Unis qui s’est rencontré sur Internet, et 694 000 chansons téléchargées illégalement toutes les 5 minutes !

Et on voudrait couper la connexion Internet des Français pendant 1 an quand ils téléchargent illégalement 1 chanson ? Les députés ont-ils bien compris ce qui se passe en ce moment dans le monde ? Quoi ? Les disques et les CD ne se vendent plus ? La création est menacée ?

Ce n’est pourtant pas ainsi que de plus en plus de créateurs eux-mêmes envisagent le problème. J’en veux pour preuve que, le jeudi 12 mars 2009, se tenait à Londres une réunion de 140 artistes parmi lesquels les plus gros vendeurs britanniques en activité, ainsi que le rapportent les Inrocks. Des artistes aussi prestigeux et mondialement connus que Radiohead, Blur, The Verve, Robbie Williams, Klaxons, Kate Nash, White Lies, Wet Wet Wet, Iron Maiden, Craig David ou Kaiser Chiefs, tous regroupés sous la bannière de la la Featured Artists Coalition (FAC), se sont prononcés contre la pénalisation du téléchargement illégal. Alors, de quoi parle-t-on quand on parle de protéger la création sur Internet ? De protéger les créateurs ou les bénéfices des industriels de la création ?

Et si les créateurs eux-mêmes étaient en train de commencer à comprendre ce que les politiques n’ont toujours pas compris ? Et si le monde de demain était celui d’une société où la diffusion de la musique avait complètement changé de forme ? Et si Internet c’était comme l’invention de l’imprimerie ? Comme quand celle-ci a révolutionné la manière de fabriquer des livres en abaissant considérablement leur prix pour mettre la lecture à la portée de tous et bouleverser la manière de diffuser les arts et les lettres ? Et si Internet c’était la nouvelle révolution culturelle ? Hadopi a-t-elle le pouvoir de l’enrayer ?

Hadopi est une loi d’un autre âge. La loi d’un monde qui a peur du changement et qui résiste à une évolution irrésistible en se recroquevillant sur ses circuits traditionnels pour se défendre contre une attaque inexistante. Parce qu’Internet n’est pas en train d’attaquer la musique ou la culture. Internet est en train de leur faire changer de forme. Et cela est irréversible. Parce que, dans l’histoire de l’humanité, c’est toujours la technique qui façonne la culture et la civilisation.

Dans 200 ans, on parlera dans les livres d’histoire d’Hadopi et on expliquera aux enfants qu’en l’an 2009, la population vieillissante de France a eu peur d’Internet et n’a pas su écouter la jeunesse, la seule partie de la population qui avait compris ce qui allait se passer. Fort heureusement pour nous, les joueurs de jeu vidéo d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain.

Alors, pirates de tous pays, unissez-vous !

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billetpublié à 22:45 dans Analyses et réflexions    billetMots-clefs :

3 commentaires

pour «La France abolit le droit d’accès à Internet, mais la révolution numérique aura lieu» Flux RSS des commentaires pour ce billet

  1. faz dit :

    je comprends l’idée de l’intro (couper l’eau, etc.).

    Mais je ne vois pas vraiment ce que vienne faire le viol et le cassage de vitrine dans le lot.

    Faire un duplicata numérique d’une oeuvre, même protégée, est sans commune mesure avec un viol, une atteinte directe et violente à une personne.

    Le problème de la propagande actuelle du gouvernement est que l’on essaye d’associer infraction au droits d’auteurs (monopole temporaire avant domaine public) et vol.

    Ne donnons pas du grain à moudre à leur moulin.

    Note que pour un crime (viol) ou un délit (cassage de vitrine) on peut se retrouver en prison. Et là, pour le coup, pas de voiture et pas d’internet (mais la télé, et oui!)

    Je crois que ces analogies sont mal choisies et déservent fortement le début de l’article.

  2. Stéphane Vial dit :

    Je comprends. Tu as pleinement raison de souligner qu’il n’y a pas de commune mesure entre les infractions que je mets en parallèle. Mais je le fais délibérément par provocation dans le but de montrer l’absurdité éclatante de la loi qui veut justement, comme tu le soulignes, associer infraction et droits d’auteur en nous faisant croire qu’il y a dans le téléchargement illégal un gros crime.

    Mais justement : même dans le cas d’un gros crime (viol dans une voiture), la logique Hadopi (interdire l’usage de la voiture) est absurde et ne tient pas la route car sans relation avec le crime commis. Manière de montrer l’absurdité délirante de la loi.

    Merci pour ton commentaire.

  3. Laurent dit :

    Ne fais pas l’erreur de croire que les choses vont s’améliorer, les dirigeants de demain ne feront pas mieux mais encore pire.
    Les dirigeants d’aujourd’hui sont aussi les héritiers de mai 68 « il est interdit d’interdire » bien sur…

    Il n’est pas question de peur la dedans, il est question d’intérêts commerciaux, de lobbying et de lachetés, cela peut se résumer à ça.

    http://www.visitezmonsite.com/MONDE-ET-ECONOMIE/HADOPI-demain-on-vous-coupe-les-mains

    Merci.

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